Actualité · Crit’Air et ZFE
Les ZFE s’appliquent toujours : la censure de mai 2026 et le débat d’octobre
Au printemps 2026, le Parlement avait voté la suppression des zones à faibles émissions mobilité (ZFE) dans une loi de simplification ; le 21 mai 2026, le Conseil constitutionnel a censuré cet article pour une raison de procédure. Une nouvelle proposition de loi d’abrogation a été examinée à l’Assemblée le 8 octobre 2026, sans aller jusqu’au vote final. Résultat : les 25 ZFE restent en vigueur, avec des règles qui changent d’une agglomération à l’autre. Voici ce qui s’est passé, ce qui s’applique et ce que tu risques.
Publié le . Vérifié sur les textes officiels le .
Par Wenceslas Dasnois, fondateur de Code en ligneNotre méthode de vérification
Ce qui a été voté, puis censuré
La loi de simplification de la vie économique contenait un article 37 qui abrogeait les articles L. 2213-4-1 et L. 2213-4-2 du code général des collectivités territoriales. Il supprimait ainsi « la faculté ou l’obligation, pour certaines collectivités territoriales, de mettre en place une zone à faibles émissions mobilité », et les contrôles automatisés qui vont avec.
Des députés ont saisi le Conseil constitutionnel les 21 et 28 avril 2026. Sa décision du 21 mai 2026 déclare l’article 37 contraire à la Constitution, pour une raison de procédure : introduites en première lecture, ces dispositions ne présentaient « pas de lien, même indirect » avec les articles 13 et 14 du projet de loi initial (sur les frais bancaires des professionnels et certains contrats d’assurance), ni avec aucune autre de ses dispositions. C’est ce qu’on appelle un cavalier législatif.
Le Conseil constitutionnel l’écrit lui-même : il statue « sans que le Conseil constitutionnel ne préjuge de la conformité du contenu de ces dispositions aux autres exigences constitutionnelles ». Il n’a donc pas dit que les ZFE étaient obligatoires pour la Constitution. Il a dit que leur suppression n’avait pas sa place dans cette loi-là.
La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 a été publiée au Journal officiel du 27 mai 2026 sans les articles censurés.
Ce qui s’applique en octobre 2026
Sur sa page mise à jour le 5 octobre 2026, le ministère de la Transition écologique en tire la conséquence : « L’obligation de création de ZFE dans les grandes agglomérations, ainsi que les 25 ZFE déjà instaurées, sont donc toujours en vigueur à l’heure actuelle. » (page de suivi de la Convention citoyenne pour le climat). Service-Public compte de son côté 38 territoires concernés par l’obligation, dont deux agglomérations, Paris et Lyon, soumises au dispositif renforcé (fiche vérifiée le 5 octobre 2026).
L’article L. 2213-4-1 du code général des collectivités territoriales est toujours en vigueur, dans sa version de 2021. Ce qu’il prévoit :
- une ZFE peut être créée par le maire, ou par le président de l’intercommunalité qui détient le pouvoir de police de la circulation, pour lutter contre la pollution atmosphérique ;
- elle est obligatoire « avant le 31 décembre 2024 dans toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants situées sur le territoire métropolitain », avec des dérogations possibles fixées par décret ;
- c’est un arrêté local qui délimite la zone, fixe les restrictions, désigne les véhicules concernés et prévoit les dérogations individuelles ;
- les véhicules qui y circulent doivent être identifiés selon leur contribution à la pollution : c’est la vignette Crit’Air (article L. 318-1 du code de la route).
Concrètement, les règles dépendent de l’arrêté de chaque agglomération : quelles vignettes sont admises, quels véhicules sont visés, quelles dérogations existent. À chaque entrée de la zone, le panneau B56 est complété par un panonceau M11d, qui indique les caractéristiques de la limitation d’accès, et le cas échéant par un panonceau M11b, qui indique les périodes où les restrictions s’appliquent (instruction interministérielle sur la signalisation routière). Avant d’entrer dans une agglomération que tu ne connais pas, regarde aussi le site de la collectivité.
Ce que tu risques
Circuler dans une ZFE en violation de ses restrictions, ou sans être identifié par la vignette, est puni d’une contravention de troisième classe pour une voiture, une camionnette ou un deux-roues motorisé, de quatrième classe pour un poids lourd, un bus ou un car (article R. 411-19-1 du code de la route). Pour un véhicule léger, le ministère précise : « soit 68 euros d’amende simple » (page Crit’Air). Le stationnement est visé aussi, quand le véhicule n’a pas de vignette ou quand son accès à la zone est interdit en permanence. Le véhicule peut être immobilisé.
Ces sanctions ne visent pas les véhicules dont l’accès à la zone ne peut pas être interdit (dernier alinéa de l’article R. 411-19-1) : les véhicules d’intérêt général, ceux du ministère de la défense, les véhicules qui affichent une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour les personnes handicapées », et certains véhicules de transport en commun (article R. 2213-1-0-1 du code général des collectivités territoriales).
L’article qui sanctionne ces infractions ne prévoit aucun retrait de point.
Depuis la censure : une nouvelle tentative, sans vote final
Des députés ont déposé le 23 juin 2026 une proposition de loi visant à abroger les zones à faibles émissions-mobilités (n° 2970). Le 30 septembre 2026, la commission du développement durable l’a rejetée (rapport n° 3200) : « La commission a rejeté l’article unique et par conséquent l’ensemble de la proposition de loi. »
Le texte est quand même venu en séance le jeudi 8 octobre 2026. Un amendement qui supprimait son article unique a été rejeté par 49 voix contre 164 (scrutin n° 8613), mais l’examen s’est arrêté à minuit sans vote sur le texte : « La suite de la discussion est renvoyée à une prochaine séance. » (compte rendu de la séance). La proposition n’est donc pas adoptée.
Une autre proposition de loi d’abrogation, n° 3320, a été déposée le 13 octobre 2026 (texte déposé). Le ministère, lui, propose un assouplissement par un décret soumis à consultation du public : le critère de périmètre minimal serait supprimé, la collectivité devant alors justifier son périmètre dans son étude, et l’obligation stricte de créer une ZFE serait levée pour au moins 10 agglomérations qui respectent déjà les valeurs limites de 2030, et jusqu’à 27 au maximum si leurs actions locales suffisent à respecter ces valeurs au 1er janvier 2030, un chiffre que le ministère dit encore à confirmer (même page du 5 octobre 2026). Au 20 octobre 2026, ce décret n’est pas paru au Journal officiel.
Pour l’examen du code
La vignette Crit’Air n’est pas exigée sur toutes les routes : elle l’est dans une zone à faibles émissions, pour y rouler comme pour s’y garer, et lors d’un épisode de pollution, quand le préfet instaure la circulation différenciée (article R. 411-19 ; page Crit’Air du ministère). Le panneau d’entrée de zone se lit avec son panonceau, qui précise la limitation d’accès.
Les six vignettes, les panneaux d’entrée et de sortie et les dérogations sont expliqués dans la leçon Crit’Air et ZFE. Pour les règles de chaque zone, consulte la page ZFE et vignette Crit’Air.
Questions fréquentes sur les ZFE
Les ZFE ont-elles été supprimées en 2026 ?
Non. L’article qui les supprimait, voté dans la loi de simplification de la vie économique, a été déclaré contraire à la Constitution le 21 mai 2026 pour une raison de procédure. Sur sa page mise à jour le 5 octobre 2026, le ministère de la Transition écologique indique que l’obligation de créer des ZFE et les 25 ZFE déjà instaurées sont toujours en vigueur.
Que s’est-il passé à l’Assemblée nationale le 8 octobre 2026 ?
Elle a examiné une proposition de loi visant à abroger les ZFE, que sa commission avait rejetée le 30 septembre. Un amendement qui supprimait l’article unique a été rejeté, mais la discussion s’est arrêtée à minuit sans vote sur le texte : la suite est renvoyée à une prochaine séance. Rien n’a donc changé.
Le Conseil constitutionnel a-t-il jugé les ZFE indispensables ?
Non. Il a jugé que l’article n’avait pas de lien, même indirect, avec le projet de loi déposé, ce qu’on appelle un cavalier législatif. Il a précisé qu’il ne préjugeait pas de la conformité du contenu de ces dispositions aux autres exigences constitutionnelles.
Que risque-t-on en roulant dans une ZFE sans respecter ses règles ?
Pour une voiture, une moto ou une camionnette, une contravention de troisième classe, soit 68 euros d’amende simple selon le ministère, en cas de circulation en violation des restrictions ou sans vignette Crit’Air quand elle est exigée. Le véhicule peut aussi être immobilisé.
Qui fixe les règles d’une ZFE ?
Le maire ou le président de l’intercommunalité qui détient le pouvoir de police de la circulation, par un arrêté. Il délimite la zone, fixe les restrictions, les véhicules concernés et les dérogations individuelles possibles. Les règles changent donc d’une agglomération à l’autre.
Pour comprendre la vignette et les panneaux. Les six vignettes Crit’Air, les panneaux d’entrée et de sortie de zone et les règles à connaître pour l’examen sont dans le cours gratuit.
Revoir la leçon Crit’Air et ZFESources officielles et dates
Vérification du 20 octobre 2026. Les décisions ont été lues sur le site du Conseil constitutionnel, la loi dans les données ouvertes du Journal officiel (DILA), les pièces parlementaires sur le site de l’Assemblée nationale. Les articles du code général des collectivités territoriales sont cités dans leur version consolidée au 1er octobre 2026, ceux du code de la route dans l’édition consolidée au 12 octobre 2026. Une recherche dans les Journaux officiels parus du 19 août au 20 octobre 2026 n’a trouvé aucun décret d’assouplissement des ZFE.
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-903 DC du 21 mai 2026, loi de simplification de la vie économique. Saisines des 21 et 28 avril 2026 ; paragraphes sur l’article 37 (suppression des ZFE) : adopté selon une procédure contraire à la Constitution ; article 1er du dispositif.
- Loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique. Publiée au Journal officiel n° 0122 du 27 mai 2026, sans les dispositions censurées.
- Code général des collectivités territoriales, article L2213-4-1 : zones à faibles émissions mobilité. Version issue de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, article 119, toujours en vigueur dans le code consolidé au 1er octobre 2026.
- Code de la route, article R411-19-1 : circulation dans une zone à circulation restreinte. Version issue du décret n° 2017-782 du 5 mai 2017 : contravention de troisième classe pour les catégories M1, N1 et L, de quatrième classe pour les poids lourds et les autocars ; immobilisation possible.
- Code de la route, article L318-1 : identification des véhicules selon leur contribution à la pollution. Version issue de la loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019, article 84 : la base légale de la vignette Crit’Air.
- Code de la route, article R411-19 : restrictions de circulation lors des pics de pollution. Version issue du décret n° 2017-782 du 5 mai 2017 : mesures du préfet, interdiction possible selon l’identification L. 318-1 ; contravention de troisième classe pour les catégories M1, N1 et L, de quatrième classe pour les catégories M2, M3, N2 et N3.
- Instruction interministérielle sur la signalisation routière, quatrième partie : signalisation de prescription. Version consolidée du 13 juin 2022 : la zone à faibles émissions mobilité est annoncée par un panneau B56 complété par un panonceau M11d, et le cas échéant M11b.
- Ministère de la Transition écologique : suivi de la Convention citoyenne pour le climat, « Interdire les centres-villes pour les véhicules les plus émetteurs de gaz à effet de serre ». Page mise à jour le 5 octobre 2026 : obligation et 25 ZFE « toujours en vigueur » ; assouplissement proposé par un décret soumis à consultation du public.
- Service-Public (Entreprendre) : circuler en zone à faibles émissions mobilité. Fiche vérifiée le 5 octobre 2026 : 25 ZFE en France métropolitaine, 38 territoires concernés par l’obligation, Paris et Lyon soumises au dispositif renforcé.
- Assemblée nationale : dossier législatif « Abroger les zones à faibles émissions-mobilités » (proposition de loi n° 2970). Dépôt le 23 juin 2026 ; rapport n° 3200 du 30 septembre 2026 (la commission rejette l’article unique) ; discussion en séance le 8 octobre 2026 ; page lue le 20 octobre 2026.
- Assemblée nationale : compte rendu de la troisième séance du jeudi 8 octobre 2026. « La suite de la discussion est renvoyée à une prochaine séance. » ; séance levée à minuit, sans vote sur l’ensemble du texte.
- Assemblée nationale : scrutin public n° 8613 (amendement de suppression de l’article unique). 8 octobre 2026 : 49 voix pour, 164 contre ; l’amendement n’est pas adopté.
- Assemblée nationale : proposition de loi n° 3320 visant à abroger les zones à faibles émissions. Déposée le 13 octobre 2026 ; la page du texte l’associe à la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.
- Ministère de la Transition écologique : certificats qualité de l’air Crit’Air. Page mise à jour le 2 février 2026 : contravention de troisième classe pour les véhicules légers, « soit 68 euros d’amende simple ».
- Code général des collectivités territoriales, article R2213-1-0-1 : véhicules dont l’accès à une zone à circulation restreinte ne peut être interdit. Version issue du décret n° 2021-1491 du 17 novembre 2021, II : véhicules d’intérêt général, véhicules du ministère de la défense, carte « mobilité inclusion » stationnement, certains transports en commun.
- Assemblée nationale : rapport n° 3200 sur la proposition de loi visant à abroger les zones à faibles émissions-mobilités. Enregistré le 30 septembre 2026 : « La commission a rejeté l’article unique et par conséquent l’ensemble de la proposition de loi. »